23 avril 2008

Artefact (2)










TOMBÉE RÉCEMMENT sur ce petit bout de papier qui nous a été remis lors de notre arrivée à Prague en 2002. J’avais si bien retenu l’avertissement qu’une semaine plus tard, alors que nous nous apprêtions à prendre le métro, j’écartais du revers de la main avec un No thanks sans équivoque l’inspecteur habillé en civil qui tenait mordicus à vérifier la validité mon billet. En moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, je me suis vue entourée d’une armée d’inspecteurs (deux ou trois) parfaitement décidés — je n’en doutais pas une seconde — à me traîner par les cheveux jusqu’à, qui sait ? peut-être cette même prison où Marianne Golz-Goldlust a été emprisonnée avant d’être guillotinée le 8 octobre 1943. Sombre perspective.

La photo qui suit a été prise quelques heures plus tard à travers une fenêtre ou je ne sais quoi d'autre de l'église Sainte-Barbe à Kutna Hora, fermée pour cause de rénovation. J’y ai tout de suite reconnu le décor du premier acte de Tosca, la Chapelle de San Andrea où le beau Cavaradossi s'évertue à peindre une Marie-Madeleine blonde aux yeux bleus dans laquelle La Callas (alias Floria Tosca) a tôt fait de reconnaître sa rivale et lui pique une de ses crises de jalousie, alors là…
















•••

Mère de Dieu !

Lu dans le Tchekhov d'Ernest Simmons.

« ALEXANDRE [le frère de Tchekhov] a écrit une nouvelle qui est en fait un récit authentique des conditions dans lesquelles son frère faisait ses études chez lui: on y voit tante Fedosia faire irruption dans la pièce où Tchekhov travaille et crier:
— Korbounka, Korbunka, Korbo, viens manger. Mon pauvre Korbounka, tu n’as pas mangé de la journée.
Tchekhov ne répond rien, regarde sous la table et les chaises et dit tranquillement:
— Le chien n’est pas là, tante. Cherche-le ailleurs et ne me dérange pas, je suis occupé.
Avant de se retirer, tante Feodosia fait un long discours sur les vertus de Korbo. Tchekhov se remet à ses études. Bientôt, on frappe à la porte, et le jeune Micha entre, cherchant son crayon. Tchekhov lui ordonne de sortir, sur quoi sa tante revient et lui reproche d’avoir fait pleurer son petit frère. Après une longue discussion sur ce sujet, il finit par se débarrasser d’elle et se réinstalle à sa table. Mais, Macha entre à son tour et demande ce qu’est la «substance chimique».
— Je suis occupé, chérie, et de toute manière je ne sais pas ce que c’est.
— Comment, toi qui es à l’école de médecine ?
— Mais ça n’a rien à voir.
— Ça a à voir que tu devrais tout savoir.
— Mère de Dieu, sors d’ici !
— Comme tu me parles ! Tu es un rustre. Je m’en vais, je m’en vais. Tu es un rustre.
Le pauvre étudiant jouit d’un bref moment de paix. Mais à peine s’est-il replongé dans ses notes que lui parvient, de la pièce voisine, le bruit de la vieille machine à coudre de sa mère. Elle la fait marcher lentement, pour ne pas le déranger, mais cette lenteur même du mouvement l’exaspère encore davantage. Puis sa tante apparaît pour lui demander si le bruit de la machine à coudre ne l’ennuie pas. Puis on sonne à la porte, et Alexandre arrive, complètement ivre. Avec l’empressement du désespoir, Tchekhov accepte l’invitation de son frère d’aller prendre un verre chez lui. Il sait qu’Alexandre ne tardera pas à s’endormir profondément et que lui-même pourra alors, dans le silence de sa chambre, travailler toute la nuit à son examen, sans être dérangé. »

•••

08 avril 2008

Snobisme

Je viens de décliner une invitation à participer à un salon du livre en Vendée. J’en suis un peu triste, mais je trouve que ça paraît bien de dire que j’ai décliné une invitation à un salon en Vendée.

•••