03 novembre 2008

Publicité trompeuse

VU RÉCEMMENT dans Le Devoir une publicité pour je ne sais trop quel livre dans laquelle on a inséré une citation de Danielle Laurin : « Un livre qui nous envoûte. Nous habite longtemps. » Longtemps ? Mais le livre vient tout juste de paraître ! Combien de temps madame Laurin a-t-elle été envoûtée exactement ? Un jour ? Deux jours ? Une semaine ?

Ah, ces formules toutes faites !


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12 octobre 2008

Brecht

LES HISTOIRES DE MONSIEUR KEUNER sont parfois ennuyeuses, un tantinet moralisatrices, mais celle-ci m'a beaucoup plu.

« Les retrouvailles - Un homme qui n’avait pas vu monsieur K. depuis longtemps le salua dans ces termes : « Vous n’avez pas du tout changé. » « Oh ! » dit monsieur K. en devenant tout pâle.

Et cette autre aussi, tant qu'à y être !

« L’esclave du but – Monsieur K. posait les questions suivantes : « Chaque matin mon voisin fait de la musique sur un gramophone. Pourquoi fait-il de la musique ? On me dit : parce qu’il fait de la gymnastique. Pourquoi fait-il de la gymnastique ? Parce qu’il a besoin d’être fort, me dit-on. Pour quelle raison a-t-il besoin d’être fort ? Parce qu’il lui faut vaincre ses ennemis dans la ville, dit-il. Pourquoi lui faut-il vaincre des ennemis ? Parce qu’il veut manger, me dit-on. »
Après qu’on lui eut dit que son voisin faisait de la musique pour faire de la gymnastique, de la gymnastique pour être fort, voulait être fort pour battre ses ennemis, abattait ses ennemis pour manger, monsieur K. posa sa question : « Pourquoi mange-t-il ? »


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07 septembre 2008

Tchekhov, toujours!

« Le 10 novembre 1887, à la première [celle d'Ivanov], les acteurs ne savent pas leurs rôles et disent ce qui leur passe par la tête. Si Davydov joue sobrement, Kisselyevsky, complètement soûl, et il n’est pas le seul, fait « d’un dialogue poétique quelque chose de détestable et d’ennuyeux ». D’autres veulent séduire le public avec des pitreries lamentables. À la fin, c’est la cohue. Les acclamations se mêlent aux sifflements. Les gens tapent des pieds. Des étudiants se bagarrent au balcon. La police doit intervenir pour séparer ceux qui, dans le foyer, en sont venus aux mains. Macha est sur le point de s’évanouir. Un ami de l’auteur quitte le théâtre en courant et Alexeï Kisselev geint en se tenant la tête entre les mains.»

Tchekhov par Virgil Tanase, Folio, p.137.

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17 août 2008

Nouvelles productions (3)

Le calendrier de la SADC. Une tradition, semble-t-il.


15 août 2008

Nouvelles productions (2)

Graphisme et mise en page d'un livre pour enfant pour le compte des Inéditions, une petite maison d'éditions de la Baie-des-Chaleurs. Le pacte avec les ours est un conte Micmac traduit et adapté par Rose-Hélène Tremblay. On y trouve des souris qui meurent paisiblement au soleil, un petit garçon aventureux et une mère ourse un peu spéciale. Les illustrations sont de Hélène Paré.



















04 août 2008

Nouvelles productions (1)

Une série de sept dessins à saveur végétale qui vous donneront une vague idée de la complexité de mon existence…



















03 août 2008

De la visite rare





TOUT UN ÉVÉNEMENT que l'éclosion de ces quatre fleurs d'épiphyllum le 5 juillet dernier.
Et ce n'est pas tout: treize nouvelles fleurs devraient faire leur apparition au cours des prochaines semaines. Ceux qui désirent assister au spectacle n'ont qu'à réserver leurs places en appelant le…










23 avril 2008

Artefact (2)










TOMBÉE RÉCEMMENT sur ce petit bout de papier qui nous a été remis lors de notre arrivée à Prague en 2002. J’avais si bien retenu l’avertissement qu’une semaine plus tard, alors que nous nous apprêtions à prendre le métro, j’écartais du revers de la main avec un No thanks sans équivoque l’inspecteur habillé en civil qui tenait mordicus à vérifier la validité mon billet. En moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, je me suis vue entourée d’une armée d’inspecteurs (deux ou trois) parfaitement décidés — je n’en doutais pas une seconde — à me traîner par les cheveux jusqu’à, qui sait ? peut-être cette même prison où Marianne Golz-Goldlust a été emprisonnée avant d’être guillotinée le 8 octobre 1943. Sombre perspective.

La photo qui suit a été prise quelques heures plus tard à travers une fenêtre ou je ne sais quoi d'autre de l'église Sainte-Barbe à Kutna Hora, fermée pour cause de rénovation. J’y ai tout de suite reconnu le décor du premier acte de Tosca, la Chapelle de San Andrea où le beau Cavaradossi s'évertue à peindre une Marie-Madeleine blonde aux yeux bleus dans laquelle La Callas (alias Floria Tosca) a tôt fait de reconnaître sa rivale et lui pique une de ses crises de jalousie, alors là…
















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Mère de Dieu !

Lu dans le Tchekhov d'Ernest Simmons.

« ALEXANDRE [le frère de Tchekhov] a écrit une nouvelle qui est en fait un récit authentique des conditions dans lesquelles son frère faisait ses études chez lui: on y voit tante Fedosia faire irruption dans la pièce où Tchekhov travaille et crier:
— Korbounka, Korbunka, Korbo, viens manger. Mon pauvre Korbounka, tu n’as pas mangé de la journée.
Tchekhov ne répond rien, regarde sous la table et les chaises et dit tranquillement:
— Le chien n’est pas là, tante. Cherche-le ailleurs et ne me dérange pas, je suis occupé.
Avant de se retirer, tante Feodosia fait un long discours sur les vertus de Korbo. Tchekhov se remet à ses études. Bientôt, on frappe à la porte, et le jeune Micha entre, cherchant son crayon. Tchekhov lui ordonne de sortir, sur quoi sa tante revient et lui reproche d’avoir fait pleurer son petit frère. Après une longue discussion sur ce sujet, il finit par se débarrasser d’elle et se réinstalle à sa table. Mais, Macha entre à son tour et demande ce qu’est la «substance chimique».
— Je suis occupé, chérie, et de toute manière je ne sais pas ce que c’est.
— Comment, toi qui es à l’école de médecine ?
— Mais ça n’a rien à voir.
— Ça a à voir que tu devrais tout savoir.
— Mère de Dieu, sors d’ici !
— Comme tu me parles ! Tu es un rustre. Je m’en vais, je m’en vais. Tu es un rustre.
Le pauvre étudiant jouit d’un bref moment de paix. Mais à peine s’est-il replongé dans ses notes que lui parvient, de la pièce voisine, le bruit de la vieille machine à coudre de sa mère. Elle la fait marcher lentement, pour ne pas le déranger, mais cette lenteur même du mouvement l’exaspère encore davantage. Puis sa tante apparaît pour lui demander si le bruit de la machine à coudre ne l’ennuie pas. Puis on sonne à la porte, et Alexandre arrive, complètement ivre. Avec l’empressement du désespoir, Tchekhov accepte l’invitation de son frère d’aller prendre un verre chez lui. Il sait qu’Alexandre ne tardera pas à s’endormir profondément et que lui-même pourra alors, dans le silence de sa chambre, travailler toute la nuit à son examen, sans être dérangé. »

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08 avril 2008

Snobisme

Je viens de décliner une invitation à participer à un salon du livre en Vendée. J’en suis un peu triste, mais je trouve que ça paraît bien de dire que j’ai décliné une invitation à un salon en Vendée.

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21 février 2008

La nuit inspire

L’eau, le pont, les remous, la Miche dit qu’il faut pas regarder, que ça donne le vertige, comprend pas que je puisse aimer ça, l’eau, le pont, la nuit, une désœuvrée, voilà ce que t’es, et elle me dévisage, convaincue d’avoir trouvé, mis le doigt sur le bobo, maintenant que je sais, je ne pourrai faire autrement que m’en sortir, te promener à longueur de nuit, comme ça, il va finir par t’arriver quelque chose, toujours eu peur de son ombre, la Miche, fallait toujours que je la rassure, puisque je te dis que je vais te ramener, j’attendais qu’elle ait refermé la porte pour faire demi-tour, choisissais le chemin le plus long, mon ombre et moi, on a toujours fait bon ménage, tu vas pas sortir à cette heure, empêche-la, Charles ! disait ma mère. Le Charles en question n’avait pas levé les yeux de son journal que j’étais déjà dehors, le pont, les quais, la brume, des stationnements à moitié vide, même plus de cabane pour le gardien, tout se fait automatiquement, tout est programmé, le soleil s’est couché à seize heures vingt-quatre et se lèvera à cinq heures douze, nous sommes le lundi 18 novembre, la marée sera haute à je-ne-saurai-pas-quelle-heure, le chauffeur de taxi a fermé sa radio, boit une dernière gorgée de café, écrase son verre avec férocité, je me demande qui il rêve d’écraser comme ça, sa femme ? sa mère ? Un p'tit couple, main dans la main, quinze seize ans, pas plus, s’arrête à tous les coins de rues pour s’embrasser, belle nuit, ô nuit d’amour, les parents doivent se demander ce qu’ils font. Madame, crie quelqu’un derrière moi, un homme, la vingtaine, pas plus, à croire qu’il n’y a que les jeunes pour oser défier la nuit. Madame, répète-t-il, son compagnon reste un peu en retrait, dix contre un qu’il va me demander du feu. J’en ai, du feu ! Et je me mets à fouiller, fouiller, jusqu’au tréfonds de mon sac, sort un paquet de gommes, un stylo, deux billets d’autobus, est-ce que vous pourriez me tenir ça une minute ? Et je lui tends mes clefs, mon porte-monnaie, la lune — qui vient de se lever — supervise l’opération, mon interlocuteur se dandine sur une jambe puis sur l’autre, il semble de plus en plus mal à l’aise, une désœuvrée, laisse tomber, lui dit son copain, mais non, attendez, je suis sûre d’avoir un carton d’allumettes quelque part, j’en ai ramassé un chez ma sœur, l’autre jour, me voilà réduite à vider mes poches, le copain prend la poudre d’escampette, s’il vous plaît, madame, reprenez vos affaires, c’est pas grave si vous n’en avez pas, une cigarette de moins, c’est pas ça qui va me faire du tort, ça fait des années que ma blonde me demande d’arrêter de fumer, je vous en prie, madame, vous êtes bien aimable, mais je dois y aller maintenant, mon ami est déjà parti, bonne nuit, madame, faites attention à vous ! Et il s’envole de son grand pas de gazelle, il y a un dépanneur par là, je lui crie, ouvert 24 heures sur 24, mon jeune homme ne se retourne même pas, et je le perds de vue, la nuit, tous les jeunes gens sont gris, et la lune disparaît à son tour, tout va bien, madame ? Une voiture de police s’est arrêtée à ma hauteur. Tout va bien, merci. Quoique… Je dois avouer qu’elle avait raison, la Miche ! Il m’est effectivement arrivé quelque chose…


Texte écrit dans le cadre de l'événement La nuit inspire qui a eu lieu lieu le 1er mars à la Grande Bibliothèque (Festival Montréal en lumière).


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20 février 2008

Incognito























TIRÉ D'UN CALENDRIER publié par The Alliance for American Quilts. Les plus belles sont l'œuvre de purs inconnus. La gratuité serait donc une condition de l’art? « L’artiste devrait pouvoir travailler en secret», écrit Gould. Allons, bon! Dois-je renoncer à signer mes livres? «Inconnue nous livre ici son œuvre la plus achevée», diront les chroniqueurs. À la condition, naturellement, que j'arrive à livrer une œuvre qui soit vraiment achevée.

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L'enfance est un buisson ardent

MAISONS, maisons, maisons…
La nôtre était immense, avec des pièces en enfilade, des pignons, des escaliers, des passages, on y croisait des chats, des chiens, des étudiants qui se faisaient à manger sur un petit réchaud, la porte dite d’en arrière donnait sur le côté, un trou dans le mur servait à ranger les bottes, on mettait les confitures dans le caveau à patates, une fois par année, un camion déversait le charbon dans l'entrée, la fournaise comme représentation de l’enfer, j’en avais une peur bleue, le souper terminé, mes sœurs faisaient la vaisselle et s’habillaient pour sortir, le bal des petits souliers, pour ma part je me contentais du portique, j'y éparpillais mes crayons de couleur, mes poupées à découper, qu’est-ce que tu fais là, toi ? disait le facteur, la pluie tombait, tombait, comme elle tombait, c’est là que le grand-père a décidé d’en finir, parti comme un petit oiseau, la direction des funérailles a été confiée à la maison Cloutier & Frères, ils se sont occupés de tout, de la couronne accrochée devant la porte jusqu’à la dépouille exposée en grande pompe dans le salon, ma mère n’a pas eu à lever le p’tit doigt, défense de relever le couvercle du piano, de courir avec les cousins en poussant des cris de mort.
Maisons, huttes, igloos, wigwams, la nôtre était tout cela, et plus encore. Un véritable champ d’expérimentation. Le temps de le dire, un terrain de badminton se métamorphosait en jardin, une porte apparut du côté cour, les cèdres prirent des formes variées : cônes, boules, et encore des cônes, mon père tondait, taillait, jouait du marteau, ma mère secouait la nappe. Un matin — j’avais fini par grandir, y avais mis tout le temps qu’il fallait —, ils se sont présentés à mon petit appartement de la rue Saint-Hubert, porteurs d’une terrible nouvelle : la maison avait été vendue, comme ça, de but en blanc, le nouveau propriétaire avait une fille qui dormirait dans mon lit, comment avaient-ils pu me faire ça, à moi, qui les avais quittés dans l’allégresse quelques mois auparavant sans la moindre intention de retour ? Et qu’était-il arrivé aux tilleuls, au parasol ? Vendus, eux aussi, avec la lampe torchère, la commode, les vanités. Je t’ai gardé l’argenterie, a dit ma mère ; je la range dans une boîte de métal, m’en sers dans les grandes occasions.
Et la vie a suivi son cours : de la rue Saint-Hubert suis passée au Carré Saint-Louis, de but en blanc, comme ça, passée maître dans l’art d’installer mes pénates en moins de deux, de faire d’un taudis un chez-moi, cette chambre d’hôtel dans la médina de Marrakech, par exemple, des colliers de pacotille suspendus aux montants du lit lui donnaient un air désinvolte, et ce salon double, rue Sanguinet, que j’ai repeint du haut en bas, ni vu ni connu, il y eut un deux et demi en haut d’une tour avec vue sur le pont Jacques-Cartier, l’indice de pollution à volonté, un sous-sol à Sainte-Foy, un appartement à deux paliers en bordure de la rivière des Outaouais (des rideaux orange), une école de rang à Buckland (là, c’était le plancher qui était orange), le propriétaire piochait dans le jardin pendant que sa femme se berçait sur la galerie, maisons, maisons, maisons, qu’importe le nombre lorsqu’on a cessé d’appartenir à une seule ? Des lits de substitution. Vivre d’expédients, les travaux et les jours. Nettoyer, décaper, enlever un tapis, dérouler un papier peint. À la structure proprement dite vint s’ajouter l’espace pour le jardin, défricher, désherber, planter un arbre, installer des balançoires, maisons, cases, isbas, tipis, simples boîtes de carton comme en ont les itinérants, un racoin en dessous de l’évier comme la mère de Jeroen Brouwers dans Rouge décanté, à chacun sa chacune et les chèvres seront bien gardées, oh, mais ne vous y trompez pas, pas une année où je n’y revienne à cette maudite maison, en rêve ou en réalité, de nouveaux passages ont été aménagés, la dépense abrite maintenant une toilette, les tilleuls ont servi à construire un patio, les étudiants ont accès à Internet sans fil, le bureau de mon père est devenu la chambre d’amis, mais quels amis ? que sont nos amis devenus ? Le temps est une arme à multiples tranchants, pierre qui roule n’amasse pas mousse, à la nue accablante tu, écrit Mallarmé.

Texte écrit dans le cadre d'une chronique du Regroupement des auteurs de la Gaspésie
à l'intérieur du journal Graffici en août 2007.


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17 février 2008

Traduction

VOUS AVEZ DES AMIS ANGLOPHONES? Offrez-leur cette traduction d'un chapitre de Ne touchez ni aux appareils électriques ni à la cafetière.
Elle est de Rachelle Renaud, écrivaine et traductrice franco-ontarienne, qui vit à Montréal depuis 1992.

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We took up residence on the tenth floor of a glass tower. There’s hardly any air. The walls are gray, the furniture black. Someone has set a vase of tall, elegant paper flowers on the buffet; their studied shadows stand against the big bay window overlooking the city, the world, the gardens, the river. Lampshades filter the light, a jazz melody floats over the divans, filtered as well. I miss you. How I miss you, my wee ones!
“What’s wrong with her?” asks the bellboy.
“Don’t worry about it, it’s nothing! She’s lonesome!” your father explains.
Your father’s absolutely right. I miss you, I’m lonesome: it all boils down to the same thing. The earth, cold and hard. A river heavy with mercury runs in our sad veins. Tides slowly rise along the coast, groveling in the sand. Cranes and pontoons under a tin-colored sky. Machines wreaking havoc. Arctic plants eating away at the chalky soil. Your eyes full of dreams in the rearview mirror!
“What are children for?” I wonder. They’re born, they’re beautiful, they grow up. They love the sea, love swimming in the waves, so we go to the sea, go swimming in the waves. They love the city and we go to the city. They love children’s movies and we go see children’s movies. Now that you’re no longer children, I’ve lost children’s films, books, puppets. We won’t go to McDonald’s any more, that era is long gone. Your mother is like a Haydn piece for four instruments, my wee ones: un poco adagio e affettuoso! Unanswered questions remain, feelings of remorse fall from the clouds. “This matter needs looking into”, sings the first violin, but the second violin doesn’t quite agree. Things get out of hand. Worries get the upper hand and there’s no end to the turmoil. “Be reasonable, my wee ones, listen to your father. Study, do your homework! You’ll be rich and famous, your children will love you!” Sostenuto.
The relentless ebb and flow of images on the paper when I try to write to you and when all I say turns into superfluous advice. All that emerges are tiny recommendations, directions for use that aren’t worth much really; I might as well crumple them in one hand and throw them in the trash can, my dear children. Hide them under the rug, no one will notice. And above all, don’t let them bother you.
Young men with curly hair. They cross the screen, showers of red locks falling over their faces. They’re acrobats, or tightrope walkers. They’re dancers who dance. How they dance, my wee ones! I wish you could see them, mimicking our heavy hearts, our fumbling movements, our failings, our sluggish ways, all of us, covered with hieroglyphs, with worries, eaten away by remorse. Their steps are rudimentary, like our own hearts. They tell their mute stories with a raspy tongue. They’re huge, lean birds brutally crashing onto the dry earth, clouds of insects swarming over a world laid waste.
Black writers win prizes. Their books are bursting with brightly colored birds and poisonous flowers. Their mouths bleed. Their work is full of sweat, there’s the smell of musk, and then a woman is singing, somewhere, beneath real lashes. Elsewhere, there’s been a recent snowfall, wet and heavy. People complain and dream of torrid mornings.

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I wake up with the awful sensation that there’s even less air. “I’m suffocating”, I say to your father. “This place is a towering inferno, I think I saw Charlton Heston and Geneviève Bujold yesterday, in the elevator. Let’s get out of here before it’s too late!”
I rush down the stairs at top speed. “For God’s sake, wait up!” shouts your father, who can barely keep up with me.
It’s windy. I simply love the wind. I finally catch my breath, the breath the high tower had robbed me of. “Air, finally some air!” I say. Tears are running down my face.
“What’s wrong with her?” say the people we pass in the streets.
“It’s nothing, really! Don’t make such a fuss. She’s suffocating, that’s all! It happens to her a lot,” says your father.
Paths for walking, for running, for going ahead, going backwards, going in circles. Benches to sit on along the canals, beside or overlooking the locks. Your father and I run into people in their sixties, red and out of breath. They collapse… They’re dropping like flies everywhere. The city’s overrun with people. Cyclists wearing gloves, helmets, racing shorts and in a hurry. No smile on their lips, no notice taken of the murky water in the canal, not even the slightest kind thought for their fellowmen, not lighthearted or sad. Being in shape, that’s all that matters, just being in shape. Serene biceps, flexible kneecaps. Do they love their children? Do they play at war? I don’t know, but I’d be very surprised if this were so. They rush along and they bore me, my dear children. They scare me. I’m so out of shape… Are they going to boo, shout, spurn me? Will they be at their wits’ end at the sight of me? Accuse me of every evil under the sun, punish me with exercise? I feel as though I were an obstacle on the paths, a sluggish stain on the landscape. “It’s a disgrace! She shouldn’t be allowed to do that!” I hear people saying all around me. A young, skinny man with pimples, in red shorts with a thin white stripe, ran into me at the turn and didn’t even bother apologizing. What a diabolical city! People are passing me on all sides. I’m “out of order”, a “has been” like we used to say at school, with Diane, in the late sixties. I expect to be summoned at any time. Big Brother is watching. People look at me with disdain, exasperation written all over their faces. If looks could kill. And bang, it happens! Right there and then! And besides, my wee ones, my old house has been torn down, the lovely little blue house where I used to live, once, just along the river. Orange curtains, green roses. The park around it is in ruins. I call on the passersby to witness that this is so.
“There was a house here once, it’s true, I assure you, I lived there, from the time I was three months old till I was three.”
“Oh, really? Well, I had no idea. I didn’t know there was a house there. They tore it down, you say? Too bad really. Because the view’s lovely, isn’t it? The river, the tiny forest over there… it must have been so wonderful living here…”
The man says goodbye; he runs, leaving us behind, and as he runs, he takes his pulse, his blood pressure. He listens to his breathing. His heart beats and puffs as it should. “I have a good heart,” he thinks to himself.
“I met two nutcases”, he’ll tell his wife when he gets home. “They lowered my average…”
People are so petty! Not the least bit of compassion… Most joggers refuse to stop when I show them where my little pink house was, the lilac that screened the porch, the poles from the swings lying on the ground.


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Translator’s Bio

RACHELLE REBAUD is a poet, short story writer and novelist of Franco-Ontarian descent who’s lived in Montreal since 1992. Her poems and short stories have been published in several literary magazines in Quebec and Ontario. She won the Prix Jacques-Poirier-Outaouais 1996 for her first novel Le roman d’Éléonore (VLB éditeur, Montreal). She has written two collections of short stories, L’amour en personne (Les Éditions du Nordir, 1998) and Chocs légers (forthcoming, 2003). Her translations of poems and short stories have appeared in Exile, Beacons, Ellipse, Ruptures, TransLit, and Moebius.


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11 février 2008

Vladimir le Juste

ENTREFILET découpé dans L'Actualité, il y a quelques années.

Au Châtelet, à Paris, Vladimir Spivakov joue le Concerto de Sibelius. La dernière note jetée, la salle applaudit à tout rompre. Le violoniste revient sur scène; on croit que c’est pour un rappel. Non, il s’adresse au public: «Merci. Mais ce soir, mon jeu ne valait pas ces applaudissements.»

Quel dilemme! Accepter modestement des applaudissements non mérités ou insulter le public en rétablissant la vérité.
L'histoire ne dit pas s'il s'est trouvé quelqu'un pour applaudir aux concerts subséquents.


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07 février 2008

Paradoxe

DANS LA VIE, ne comptent que les œuvres impérissables et les muffins mangés en un clin d’œil.


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13 janvier 2008

Un singulier calcul (Espace musique 2)

CALCULÉ AUJOURD'HUI que si je vis encore une quinzaine d’années et que je m’obstine à écouter la radio, ne serait-ce qu’une ou deux fois par semaine, je m’expose à me faire répéter une bonne vingtaine de fois que le Voyage d'hiver de Schubert est l’œuvre la plus sombre du compositeur, ou encore, que les Variations Goldberg ont été commandées par un certain Keyserling, comte de son état, et blablabla, et blablabla. Il est également fort probable qu’au cours de la même période un ou deux Gentils Animateurs iront à leur tour d’un petit boniment à propos de cette spectatrice qui s’est écriée « Au fou ! » lors de la création du Boléro. Vous riez, mais c’est arrivé il n’y a pas si longtemps, et si c’est arrivé il n’y a pas si longtemps, il n’y a pas de raison pour que ça ne se reproduise plus, il se trouvera toujours de Nouveaux et Gentils Animateurs pour nous transmettre les informations lues dans les livrets, une pratique tout à fait louable et légitime, mais comme on s’ennuie des propos inspirés et inspirants de Nicholson!


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