08 mars 2007

Artefact













TROUVÉ DANS LES CONFESSIONS DE JEAN-JACQUES ROUSSEAU (Tome I) un ticket daté de 1966 et donnant accès au Musée historique du Château de Ramezay. Si ma mémoire est bonne, ce ticket a été acheté lors d'une «excursion» d'une journée dans la métropole en compagnie de Danièle et de l'un des nombreux «chambreurs» qui logeaient chez nous à l'époque: des noirs, des jaunes, des blancs, nous en avions pour tous les goûts. Celui-là était natif de Sherbrooke; il venait tout juste de terminer ses études et se rendait à Montréal pour quelque chose qui s'apparentait à un voyage d'affaires. «Ça vous dirait, une petite virée à Montréal, les filles? Vous pourriez aller magasiner.» Bon, d'accord. Il est peu probable qu'il ait parlé de magasinage, je ne peux même pas jurer non plus qu'il s'agissait d'un de nos chambreurs à nous; peut-être était-ce le chambreur de Danièle ou celui de quelqu'un d'autre… À vrai dire, je n'ai pas le moindre souvenir de cette visite au Musée historique du Château de Ramezay. Tout ce qu'il me reste de cette journée pas du tout mémorable, c'est le souper dans un quelconque restaurant avec des garçons tout ce qu'il y a de plus quelconques, le genre représentant ou voyageur de commerce, où, diable, les avions-nous dénichés? Danièle et moi n'avions jamais fréquenté que des étudiants en ci ou en ça… «Êtes-vous des actrices?» a demandé l'un d'eux. La nappe était d'une blancheur immaculée, l’eau brillait dans les verres, on entendait des bruits de vaisselle, la rumeur de mille conversations animées, est-il possible qu'ils nous aient vraiment prises pour des actrices? Danièle peut-être, mais moi… Quant à Jean-Jacques et à ses Confessions , les livres ont été achetés en septembre 1964; ils portent l'estampille de la Librairie Tranquille et sont abondamment soulignés, avec des annotations bizarres dans les marges: oui, non, peut-être. Voici l'un de ces passages soulignés, assez joliment tourné, il faut en convenir.

Avant que d'aller plus loin, je dois au lecteur mon excuse ou ma justification, tant sur les menus détails où je viens d'entrer que sur ceux où j'entrerai par la suite, et qui n'ont rien d'intéressant à ses yeux. Dans l'entreprise que j'ai faite de me montrer tout entier au public, il faut que rien de moi ne lui reste obscur ou caché; il faut que je me tienne incessamment sous ses yeux; qu'il me suive dans tous les égarements de mon cœur, dans tous les recoins de ma vie; qu'il ne me perde pas de vue un seul instant, de peur que trouvant dans mon récit la moindre lacune, le moindre vide, et se demandant: Qu'a-t-il fait durant ce temps-là? il ne m'accuse de n'avoir pas voulu tout dire. Je donne assez de prise à la malignité des hommes par mes récits, sans lui en donner encore par mon silence.


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