(Texte découvert sur le web et soigneusement conservé dans une de ces chemises où je range articles, images, textes qui me plaisent particulièrement, autrement dit, mes archives, que j'espère bien vendre au Conseil des arts du Canada, un jour!)
« QUEL CHOC CE FUT POUR MOI, lors de la compilation de ces nouvelles en vue de la publication, de découvrir qu'en plus de trente ans d'écriture je m'en étais toujours tenu à la même gamme de sons et d'images présents non seulement dans ce livre, mais aussi dans mes romans. J'eus préféré ne pas m'en apercevoir. En fait, j’en suis devenu embarrassé et j'ai commencé à me demander si je ne devrais pas déposer un CATALOGUE DE MES OBSESSIONS PERSONNELLES. Des portes moustiquaires qui claquent; une lampe allumée le soir; de la musique à une certaine distance — toujours jouée sur un gramophone; des lettres écrites sur du papier teinté bleu; des merles faisant des raids sur la pelouse I'été pour dévorer des vers; des photographies dans des boîtes de carton; des colts cachés dans des tiroirs de bureau et une chaise toujours à la renverse. Qu'est-ce que cela veut dire? Suis-je un écrivain complètement dépourvu d'imagination? Suis-je le champion des redites? Pourquoi les routes sont-elles toujours aussi poussiéreuses dans I'œuvre de cet homme? Pourquoi fait-il toujours si chaud? Pourquoi ne peut-il pas PLEUVOIR? On a déjà entendu mon agente s'exclamer en lisant les pages d'un nouveau script de télévision: «Mon Dieu, Findley, pas encore des lapins!»
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16 décembre 2007
01 décembre 2007
16 octobre 2007
Allocution
Texte écrit (et non lu, le temps qui m'était alloué ayant passé de 2 minutes à 30 secondes une fois sur place) à l'occasion de la remise des prix du Concours littéraire Radio-Canada en 2003.
IL EST PRESQUE CONVENU de profiter d’une tribune comme celle-ci pour faire entendre ses revendications ou promouvoir les idées qui nous tiennent à cœur. Comme j'essaie généralement de ne pas faire ce qui est convenu, je ne vous dirai pas que les prix littéraires Radio-Canada sont importants pour les auteurs; je trouve d'ailleurs gênant que des prix de quatre et six mille dollars soient importants pour des auteurs, c’est à peine ce qu’il faut pour payer un repas à monsieur Radwanski*. Quant à la reconnaissance de votre talent ou de votre travail (cochez l'un ou l'autre), je vais vous raconter une anecdote. Lorsque je me suis installée dans la vallée de la Matapédia avec ma famille, au milieu des années 70, nous étions souvent invités à participer à des activités communautaires, dont le dîner de la Fête des Mères, lequel me rendait toujours un peu triste, car on y voyait et entendait de beaux jeunes hommes remercier publiquement leurs mères pour faveurs obtenues; celles-ci en étaient toujours très émues, pensez donc, se sentir reconnu et apprécié par ceux à qui on a voué sa vie, c’est tout juste si une larme ne leur venait pas à l’œil, et après ce moment d’intense émotion, nous étions invités à passer à table afin de déguster le repas que ces dames avaient préparé. Pour moi qui était jeune mère à l’époque, cette scène avait quelque chose de choquant: comment accepter de n’exister qu’un jour par année? Vous me voyez venir, n’est-ce pas ? Soyez sans crainte, je ne me lancerai pas dans un laïus sur l'importance des arts et de la culture, vous en êtes tous très convaincus, je le sais. Tout comme vous êtes au courant en ce qui concerne les régions, autre sujet qui me tient à cœur. Qui ne connaît pas l'importance des régions, ne serait-ce que pour y enfouir des déchets ou y construire des incinérateurs? Oh, la la! quel méli-mélo! L'un des personnages de la nouvelle qui m'a valu ce prix raconte que le plus difficile, lorsqu'il s'est mis à écrire, a été de trouver un sujet. C'est ce qui m'est arrivé dans cette allocution. Dire qu'on m'avait demandé de «ravir ces excellences»! J'ai fait de mon mieux naturellement — je fais toujours de mon mieux . Je ne peux cependant m'empêcher de me demander qui nous ravira, moi et mes semblables, ceux pour qui les arts et les lettres constituent une raison de vivre et qui voient l'espace qui leur est réservé sur la scène publique diminuer comme une peau de chagrin. La question reste ouverte. Pour terminer sur une note plus gaie, plus personnelle, je vous confie en toute sincérité que j'ai été très heureuse — pour ne pas dire ravie — de gagner ce concours. Beethoven disait qu'il fallait travailler sans se préoccuper des résultats, mais je ne suis pas Beethoven et je ne peux m'empêcher de me réjouir, et même de m'enfler un peu la tête, une fois n'est pas coutume! Je vous promets aussi d'utiliser à bon escient les deniers publics. Les Bougons ne seront pas fiers de moi.
* Le scandale de l'époque. Depuis, il y a eu les commandites, la lieutenant-gouverneure, et …Mulrowney. On n'arrête pas le progrès.
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IL EST PRESQUE CONVENU de profiter d’une tribune comme celle-ci pour faire entendre ses revendications ou promouvoir les idées qui nous tiennent à cœur. Comme j'essaie généralement de ne pas faire ce qui est convenu, je ne vous dirai pas que les prix littéraires Radio-Canada sont importants pour les auteurs; je trouve d'ailleurs gênant que des prix de quatre et six mille dollars soient importants pour des auteurs, c’est à peine ce qu’il faut pour payer un repas à monsieur Radwanski*. Quant à la reconnaissance de votre talent ou de votre travail (cochez l'un ou l'autre), je vais vous raconter une anecdote. Lorsque je me suis installée dans la vallée de la Matapédia avec ma famille, au milieu des années 70, nous étions souvent invités à participer à des activités communautaires, dont le dîner de la Fête des Mères, lequel me rendait toujours un peu triste, car on y voyait et entendait de beaux jeunes hommes remercier publiquement leurs mères pour faveurs obtenues; celles-ci en étaient toujours très émues, pensez donc, se sentir reconnu et apprécié par ceux à qui on a voué sa vie, c’est tout juste si une larme ne leur venait pas à l’œil, et après ce moment d’intense émotion, nous étions invités à passer à table afin de déguster le repas que ces dames avaient préparé. Pour moi qui était jeune mère à l’époque, cette scène avait quelque chose de choquant: comment accepter de n’exister qu’un jour par année? Vous me voyez venir, n’est-ce pas ? Soyez sans crainte, je ne me lancerai pas dans un laïus sur l'importance des arts et de la culture, vous en êtes tous très convaincus, je le sais. Tout comme vous êtes au courant en ce qui concerne les régions, autre sujet qui me tient à cœur. Qui ne connaît pas l'importance des régions, ne serait-ce que pour y enfouir des déchets ou y construire des incinérateurs? Oh, la la! quel méli-mélo! L'un des personnages de la nouvelle qui m'a valu ce prix raconte que le plus difficile, lorsqu'il s'est mis à écrire, a été de trouver un sujet. C'est ce qui m'est arrivé dans cette allocution. Dire qu'on m'avait demandé de «ravir ces excellences»! J'ai fait de mon mieux naturellement — je fais toujours de mon mieux . Je ne peux cependant m'empêcher de me demander qui nous ravira, moi et mes semblables, ceux pour qui les arts et les lettres constituent une raison de vivre et qui voient l'espace qui leur est réservé sur la scène publique diminuer comme une peau de chagrin. La question reste ouverte. Pour terminer sur une note plus gaie, plus personnelle, je vous confie en toute sincérité que j'ai été très heureuse — pour ne pas dire ravie — de gagner ce concours. Beethoven disait qu'il fallait travailler sans se préoccuper des résultats, mais je ne suis pas Beethoven et je ne peux m'empêcher de me réjouir, et même de m'enfler un peu la tête, une fois n'est pas coutume! Je vous promets aussi d'utiliser à bon escient les deniers publics. Les Bougons ne seront pas fiers de moi.
* Le scandale de l'époque. Depuis, il y a eu les commandites, la lieutenant-gouverneure, et …Mulrowney. On n'arrête pas le progrès.
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30 septembre 2007
Espace Musique
EST-CE QUE QUELQU'UN POURRAIT EXPLIQUER À ALAIN LEFÈVRE à quel point c’est fatiguant de l’entendre nous prescrire les sentiments que nous devons éprouver à l’écoute de telle ou telle pièce qu’il se prépare à nous faire entendre? Quand il ne nous prévient pas que les idées qu’il a l’aimabilité de développer pour nous sont vraiment très intéressantes… Sommes-nous si cancres que nous ne puissions en juger par nous-mêmes? Et ce Beethovve… au lieu de Beethoven! Brr…
On est loin des commentaires inspirés (et inspirants) de Nicholson.
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On est loin des commentaires inspirés (et inspirants) de Nicholson.
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08 mars 2007
Artefact

TROUVÉ DANS LES CONFESSIONS DE JEAN-JACQUES ROUSSEAU (Tome I) un ticket daté de 1966 et donnant accès au Musée historique du Château de Ramezay. Si ma mémoire est bonne, ce ticket a été acheté lors d'une «excursion» d'une journée dans la métropole en compagnie de Danièle et de l'un des nombreux «chambreurs» qui logeaient chez nous à l'époque: des noirs, des jaunes, des blancs, nous en avions pour tous les goûts. Celui-là était natif de Sherbrooke; il venait tout juste de terminer ses études et se rendait à Montréal pour quelque chose qui s'apparentait à un voyage d'affaires. «Ça vous dirait, une petite virée à Montréal, les filles? Vous pourriez aller magasiner.» Bon, d'accord. Il est peu probable qu'il ait parlé de magasinage, je ne peux même pas jurer non plus qu'il s'agissait d'un de nos chambreurs à nous; peut-être était-ce le chambreur de Danièle ou celui de quelqu'un d'autre… À vrai dire, je n'ai pas le moindre souvenir de cette visite au Musée historique du Château de Ramezay. Tout ce qu'il me reste de cette journée pas du tout mémorable, c'est le souper dans un quelconque restaurant avec des garçons tout ce qu'il y a de plus quelconques, le genre représentant ou voyageur de commerce, où, diable, les avions-nous dénichés? Danièle et moi n'avions jamais fréquenté que des étudiants en ci ou en ça… «Êtes-vous des actrices?» a demandé l'un d'eux. La nappe était d'une blancheur immaculée, l’eau brillait dans les verres, on entendait des bruits de vaisselle, la rumeur de mille conversations animées, est-il possible qu'ils nous aient vraiment prises pour des actrices? Danièle peut-être, mais moi… Quant à Jean-Jacques et à ses Confessions , les livres ont été achetés en septembre 1964; ils portent l'estampille de la Librairie Tranquille et sont abondamment soulignés, avec des annotations bizarres dans les marges: oui, non, peut-être. Voici l'un de ces passages soulignés, assez joliment tourné, il faut en convenir.
Avant que d'aller plus loin, je dois au lecteur mon excuse ou ma justification, tant sur les menus détails où je viens d'entrer que sur ceux où j'entrerai par la suite, et qui n'ont rien d'intéressant à ses yeux. Dans l'entreprise que j'ai faite de me montrer tout entier au public, il faut que rien de moi ne lui reste obscur ou caché; il faut que je me tienne incessamment sous ses yeux; qu'il me suive dans tous les égarements de mon cœur, dans tous les recoins de ma vie; qu'il ne me perde pas de vue un seul instant, de peur que trouvant dans mon récit la moindre lacune, le moindre vide, et se demandant: Qu'a-t-il fait durant ce temps-là? il ne m'accuse de n'avoir pas voulu tout dire. Je donne assez de prise à la malignité des hommes par mes récits, sans lui en donner encore par mon silence.
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25 février 2007
Flaubert
«Tu as su par ton travail et une patience héroïque te faire une position. Dis-moi si elle s'améliore, si tu montes en grade, c'est-à-dire si l'argent augmente à mesure que la besogne diminue. »
(Gustave FLAUBERT, Correspondance I - La Pléiade, p.626)
« Le curé dans le sermon a trouvé le moyen de faire l’éloge de Napoléon. Cela vous donne un échantillon de la bassesse générale qui règne en France. L’avenir n’est pas gai. — Tôt ou tard la banqueroute nous pend au nez, et nous crèverons tous sur la paille comme des gueux. » (Correspondance II, p.113)
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(Gustave FLAUBERT, Correspondance I - La Pléiade, p.626)
« Le curé dans le sermon a trouvé le moyen de faire l’éloge de Napoléon. Cela vous donne un échantillon de la bassesse générale qui règne en France. L’avenir n’est pas gai. — Tôt ou tard la banqueroute nous pend au nez, et nous crèverons tous sur la paille comme des gueux. » (Correspondance II, p.113)
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14 janvier 2007
Carnet mondain

NOUS VENONS TOUT JUSTE D'APPRENDRE que l'écrivaine et artiste Nicole Filion (ci-contre, il y a quelques années, lors de la parution de Ne touchez ni aux appareils électriques ni à la cafetière, quel titre à coucher dehors !) prépare actuellement son départ pour Cambridge (Massachusetts) où elle sera l'invitée des Bonin-Mickley. On peut avancer sans trop se tromper que l'existence d'un certain Maxime n'est pas étrangère à cette décision d'aller passer une partie de l'hiver dans ce haut lieu intellectuel et financier, berceau du puritanisme en Amérique. Nous espérons que ce séjour lui sera profitable et qu'il nous vaudra, à nous, ses lecteurs, l'une de ces chroniques sarcastiques dont elle a le secret.
Ceux qui désirent communiquer avec l'auteure au cours des prochaines semaines pourront le faire à l'adresse suivante : filion.etc@gmail.com
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Agence Reuters - Saint-Alexis-de-Matapédia
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07 janvier 2007
Nuit blanche

NON, JE NE ME RECYCLE PAS DANS LA PORNOGRAPHIE. La revue Nuit blanche (www.nuitblanche.com) est une revue littéraire tout ce qu'il y a de plus correct et j'ai été très flattée de me retrouver sur la couverture de son numéro d'automne 2006. « Pierrette Boivin nous invite à visiter l’œuvre de l’auteure, qui manie le matériau verbal avec une rare aisance », lit-on dans le communiqué. L'article fait plus de quatre pages, couvre chacun de mes livres en plus d'en publier quelques extraits. La revue n'est plus en kiosque, mais ceux qui s'y intéressent peuvent se la procurer chez Nuit blanche : (418) 692-1354 ou nuitblanche@nuitblanche.com
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06 janvier 2007
Décoration intérieure

De Young de San Francisco en juin dernier, elle m'est apparue bien seulette malgré sa fraîcheur et sa charmante évocation d'un été qui s'en va toujours trop vite. C'est là que je me suis rappelé mes «waves» à moi qui dormaient dans le fond de l'armoire; pourvu que les souris ne les aient pas mangé, ai-je pensé, mais non! Le dessin était intact et je l'ai installé à côté du Monet, un contrepoint bien modeste, presque tristounet à certains égards. Et voilà que je me demande si je ne devrais pas ajouter cette gouache intitulée Les baigneurs et qui me rappelle le bain de cinq à sept à la piscine de mon quartier quand j'avais sept ou huit ans. Une histoire à suivre.
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