
Texte de
NICOLE FILION
Photographies de
JACQUES ROBERT
Éditions Trois-Pistoles
56 pages - 2005
«…Jacques Robert croque des détails architecturaux de l’église de Bic. Photos en couleur sur beau papier. Il n’en fallait pas davantage à Nicole Filion pour ouvrir sa boîte aux souvenirs. Souvenirs exempts de nostalgie. […] C’est le style de Nicole Filion que l’on retient, si bien travaillé qu’il n’est que légèreté et spontanéïté.» (Pierrette Boivin, Nuit blanche, numéro 102, avril 2006)
Quatrième de couverture
NICOLE FILION pratique l’humour poétique, et c'est par cette fenêtre-là qu'elle jette un regard sur certaines heures de son enfance qui, à défaut d'une pratiquante, ont fait d'elle une contemplative toute disposée à se laisser pénétrer par la beauté d'une église. À travers ce livre, ce sont les magnifiques photos de l'église du Bic, prises par son ami Jacques Robert, qui, à la manière de la madeleine de Proust, déclenchent le souvenir.
Extrait
QUE FAIRE avec des photos d’église quand on n’a pas pour deux sous de religion dans le corps et qu’on soupçonne son entourage de nager dans les mêmes eaux?
Je n’ai jamais mis les pieds dans l’église du Bic. Tout ce que j’en sais tient dans ces photos prises par le grand Jacques, il y a quelques années. S’y ajoute un document d’une vingtaine de pages que la secrétaire de la fabrique a eu la gentillesse de me faire parvenir et dans lequel il est écrit — dans un style simple avec des mots dépourvus d’ornements — que l’église a été construite en 1891, qu’elle est de style romano-byzantin et mesure 150 pieds de long sur 60 de large. Les lettres A.M.D.G. qu’on retrouve sur la façade correspondent à une expression latine qui signifie Pour la plus grande gloire de Dieu. Un certain David Ouellet de Lévis en fut l’architecte. Les cloches viennent d’Annecy, les lustres sont en verre de Bohême et chacune des deux verrières a coûté cinquante-cinq belles piastres, somme qui fut offerte par de riches et généreux paroissiens.
Ainsi va la vie. Les photos sont là sur la table. Je vois déjà le papier glacé sur lequel elles seront imprimées si j’arrive à écrire le texte qui les accompagnera. Hélas, mes souvenirs religieux ne font pas vingt lignes: quelques notes de musique, le visage joufflu de sœur Sainte-Louise, le sentiment d’inquiétude qui m’a traversée le jour où j’ai cru entendre l’appel de Dieu et que j’ai fait semblant de dormir. J’avais sept ou huit ans et l’idée de passer ma vie à chanter ses louanges m’arrachait des larmes. Tu n’as pas honte, Dieu, de faire pleurer les petites filles?